exposition stéphane lallemand

musée d'art moderne et contemporain de strasbourg

3 février > 4 avril 2004

Photogénies...

Avis: certaines images peuvent choquer la sensibilité des mineurs, nous invitons les adultes à vérifier l'accès à ce site

Les photographies
L'histoire de l'art est très liée à l'histoire des mécanismes de la vision. Les artistes se sont efforcés de mettre en œuvre des systèmes de compréhension de l'espace leur permettant de représenter une réalité observée. La géométrie et les traités d'optique de l'Antiquité concourent à établir une géométrisation de l'espace qui deviendra le fondement des règles de la perspective conique. Depuis Aristote, le principe de la camera obscura était connu, mais ce sont les perfectionnements de l'optique qui ont permis la mise au point d'une machine permettant son utilisation dans le domaine du dessin, dès le XVIe siècle. La captation des images passe encore par la main de l'artiste qui interprète et cadre l'espace infini qui l'entoure. Avec la possibilité de conserver l'image produite par la chambre noire, la photographie établi en quelque sorte la conclusion d'une évolution commencée à la Renaissance, offrant à tout un chacun la possibilité de capturer des portions de la réalité qui l'entoure. En devenant une industrie, la photographie s'arroge le droit de dire ce qui est la réalité, en établissant une preuve. Sans cette preuve, la réalité n'existe pas.
Les tirages papiers salés d'après calotypes sont des images volées sur le Net, retravaillées sur informatique. Après cette première phase de captation et de fabrication des négatifs, entre en jeu un univers quasi alchimique avec la transformation de l'argent pur en une solution photosensible, susceptible de faire apparaître, grâce aux rayons du soleil, une image qui se conservera dans le temps. Un passage entre une technique découverte dès l'invention de la photographie au milieu du XIXe siècle et la profusion d'images proposées au regard par le biais de l'Internet. Les images produites sont présentées selon les archétypes de présentation des photographies anciennes, dimensions réduites, vitre et cadre sobre, passe-partout blanc muséal.
Images volées
Dès son invention, la photographie devient un nouveau moyen de conservation des “images“ et sera utilisé pour enregistrer le fantôme des présences féminines, avec l'alibi de donner aux artistes des modèles immobiles et accessibles à tout moment ou pour des raisons beaucoup moins avouables. L'image de la nudité facile est entrée dans un circuit de distribution qui est devenu planétaire avec l'Internet. Accessibles, des images, érotiques ou franchement pornographiques, étalent en couleurs RVB les intimités les plus variées. Les galeries d'ici, ne sont pas d'art mais sont des portes entrouvertes vers des visions encore
plus crues, encore plus "hot", plus "hard", plus "trash", plus interdites. Pay for view...
De ces galeries où par milliers les imagettes "de choix" proposent du "HD" à télécharger gratuitement, je vole des détails, probablement invisibles à leurs propres auteurs, que je ramène en butin sur mon disque dur. Puis la cuisine commence...
Tout d'abord, traitements informatiques, recadrages, changements de mode, inversions, impression... Un négatif est imprimé sur papier. L'image interdite entre dans un processus d'esthétisation, rejoignant la définition donnée par Henry Fox Talbot (1800 - 1877) pour son invention, le mot "calotype" ayant été créé en associant les racines grecques de "Kalos" et "typos", "l'écriture du beau".
Puis, plongée dans la préhistoire de la photographie. De l'argent pur se volatilise dans de l'acide. "Pierre infernale" et sel de cuisine vont se combiner pour rendre visible la progression de la lumière et conserver sa trace sur du papier.
Les fugaces images du web se retrouvent immortalisées, pour un temps, grâce à l'action de la lumière.


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stéphane lallemand